Séminaire de l’institut de la FSU
2008-2009
Politiques néolibérales et action syndicale
En a-t-on fini avec le néolibéralisme ?
Mercredi 7 janvier 2009 de 18 à 20 heures,
SNESUP, 78 rue du Faubourg Saint-Denis, Paris 75010
Avec
Pierre Dardot, philosophe, co-auteur (avec Christian Laval) de La nouvelle raison du monde, Essai sur la société néolibérale, La Découverte (à paraître fin janvier 2009)
et
Guillaume Duval, rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques et auteur de Le libéralisme n’a pas d’avenir, La Découverte, 2003.
« Retour de l’État », « résurrection de Keynes », « fin du tout marché » : ceux qui depuis longtemps résistaient au monde néolibéral, mais aussi ceux qui l’encensaient ou qui y voyaient une fatalité à laquelle il fallait bien se résigner ont presque tous entonné un air nouveau, celui de l’achèvement du cycle néolibéral. La crise financière, économique, sociale s’accompagnerait ainsi d’une crise du néolibéralisme.
Avant d’adhérer sans recul à une idée aussi largement partagée, il conviendrait de l’examiner de près. L’analyse de la situation n’a pas seulement un enjeu théorique, elle a des enjeux pratiques : va-t-on assister à l’enrayement de tous les dispositifs et de toutes les politiques qui relevaient du néolibéralisme ? ou bien la crise du néolibéralisme restera-t-elle confinée à quelques sphères, dont celle de la finance ? Qu’en sera-t-il, par exemple, des politiques menées dans le champ de l’éducation et de la recherche ?
Il va sans dire que cet examen suppose que l’on s’interroge sur ce qu’il faut entendre par « néolibéralisme »: s’agit-il d’une résurgence du libéralisme du XVIIIe siècle, d’une nouvelle idéologie économique, ou bien encore d’un mode inédit de gouvernement des sociétés ? Cet examen suppose également que l’on comprenne la nature, la portée et les limites des nouvelles formes d’intervention publique.
Les intervenants présenteront ces différents aspects du problème dans leurs exposés respectifs qui seront suivis d’une discussion avec l’assistance.
Pour l’équipe d’animation du programme de recherche
Christian Laval
2008-2009
Politiques néolibérales et action syndicale
Mercredi 12 novembre 2008 de 18 heures à 20 heures,
SNESUP, 78 rue du Faubourg Saint-Denis Paris 75010
THÈME : Enjeux sociologiques et politiques de la réforme de l’enseignement professionnel
Avec Tristan Poullaouec et Francis Vergne
On ne parle guère de l’enseignement professionnel. Il scolarise pourtant 700 000 élèves, dont la plupart sont issus des milieux populaires. Par ailleurs, il occupe une place-charnière entre la formation et l’emploi.
Sans faire beaucoup de bruit une réforme de l’enseignement professionnel - dont la proposition la plus médiatisée a été la généralisation des Bacs professionnels en trois ans – se met en place. Le premier objectif de la séance sera de présenter et d’analyser la nature et la portée de cette réforme.
Deux séries de questions se posent.
Compte tenu du rôle de cet enseignement dans le destin social des enfants des classes populaires, quelles conséquences peut avoir cette réforme sur leur scolarisation et leur insertion professionnelle ?
Que révèle cette réforme des intentions de ceux qui la conduisent, des rapports de force, des stratégies syndicales mises en oeuvre pour s’y opposer ou l’infléchir ? Que va-t-elle modifier en matière de « pilotage stratégique » des formations, de fonctionnement des établissements ? Comment cette réforme s’inscrit-elle dans la réforme globale des études secondaires, des voies de formations, des diplômes ?
Le sociologue Tristan Poullaouec, qui a notamment travaillé sur les transformations du rapport des familles ouvrières au destin scolaire et social de leurs enfants, rappellera les enjeux sociaux de cette forme de scolarisation.
Francis Vergne, chercheur à l’Institut de recherches de la FSU, montrera les enjeux de cette réforme et les rapports qu’elle entretient avec les changements qui affectent les relations formation-emploi, sujet sur lequel il travaille depuis longtemps.
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Programme du Séminaire 2007-2008
Séance du mercredi 24 octobre 2007 : une introduction au séminaire
L’intervention introductive de Christian Laval visait à dessiner les perspectives du travail à venir, programmé sur trois ans, et à susciter un premier débat dans le groupe d’animation et parmi les participants au séminaire.
Cette intervention cherchait à faire apparaître les lignes de force des analyses et enquêtes qui ont été jusqu’ici produites sur les politiques néolibérales dans le domaine éducatif. Elle a insisté sur le caractère divers voire disparate des travaux, des approches et des objets. Ces travaux se partagent encore entre deux modèles d’interprétation « classiques » : le modèle « marxiste » et le modèle « wébérien ». Ce qui veut dire que, sur le plan théorique, « le paradigme de l’école néo-libérale » n’est pas encore entièrement construit. Le travail collectif doit y contribuer, tâche évidemment inséparable des enquêtes empiriques indispensables sur lesquelles nous nous appuierons.
Ce texte de bilan se voulait aussi un rappel de nos positions en matière de recherche syndicale. Si nous sommes plus que jamais conscients de l’énorme retard de l’analyse sur les évolutions en cours, il n’y aura de « rattrapage » possible qu’à la condition de produire collectivement un cadre d’analyse suffisamment large et solide permettant aux acteurs de la lutte sociale de disposer des outils de compréhension les plus pertinents pour l’action.
Séance du mercredi 30 janvier 2008 : la loi LRU : un nouvel avatar néolibéral ?
Après une première réflexion d’ensemble sur les politiques néolibérales dans le domaine de l’éducation, nous avons choisi de questionner un objet particulier qui pourrait être considéré aussi comme un « analyseur » concret de ce que l’on entend par politiques néolibérales : la loi relative aux libertés et responsabilités des universités, dite LRU, votée l’été dernier et qui a été l’objet d’une contestation étudiante et d’une mobilisation syndicale à partir du mois d’octobre et jusqu’en décembre.
Durant cette mobilisation, la question du sens de cette loi, son inscription dans une dynamique et dans un cadre plus large a constitué un élément déterminant. La LOLF, le LMD, la loi LRU participent d’une vaste restructuration de l’enseignement supérieur, elle-même partie prenante d’une tentative de redéfinition de la gestion publique, transformation qui est loin de s’arrêter aux frontières nationales, ni même seulement à l’Europe.
Mais l’intelligence que l’on peut avoir de ces politiques n’est pas simple à construire. Il va sans dire que les interprètes officiels ou officieux des lois qui modifient l’organisation de l’enseignement et de la recherche ne font rien pour en éclairer les enjeux. Mais il y a aussi une autre difficulté qui tient à des réformes hybrides, qui mélangent en réalité les traits généraux de cette grande réforme mondiale des systèmes éducatifs et des traits nationaux spécifiques.
Il nous est apparu nécessaire de combiner les approches économique, sociologique et politique, tant ces trois dimensions paraissaient nouées dans les logiques de réforme actuelles.
Annie Vinokur a replacé cette loi dans le cadre d’une réforme profonde des systèmes éducatifs dans le monde et dans le cadre de la refonte néolibérale des institutions publiques.
Sandrine Garcia s’intéresse de façon très complémentaire aux agents sociaux qui sont investis dans la création d’un nouvel espace universitaire européen spécialement depuis la fin des années 1990, en particulier aux experts qui tendent à devenir les véritables pilotes de l’enseignement universitaire et de la recherche et participent de l’imposition de la redéfinition économique de l’enseignement, et ceci en mobilisant des catégories comme celles de « performance » et de « qualité ».
François Castaing a présenté son questionnement sur « l’intérêt et les limites d’une approche en termes de « marchandisation » » des transformations qui affectent les systèmes éducatifs, pour reprendre le titre d’un texte à paraître. Au nom de l’harmonisation européenne, et en particulier à travers la mise en place du LMD, l’enjeu de la reconfiguration est l’adaptation aux demandes économiques de formation de compétences, de mobilité géographique, voire de flexibilité. Mais c’est surtout la tension entre une logique de concurrence entre universités et les logiques de service public qui ont retenu son attention.
Séance du Mercredi 14 mai 2008 : L’école en fragments
Dans cette troisième séance, nous avons voulu poursuivre le travail d’analyse à partir de deux recherches qui ont pris pour objet commun, selon des méthodologies différentes, la fragmentation de l’espace scolaire en France.
Ségrégations spatiales, stratégies familiales, politiques inégalitaires : un faisceau de facteurs conduisent au morcellement du système éducatif français depuis l’école élémentaire jusqu’à l’université. Au nom de ces nouvelles réalités, vite confondues avec des fatalités, les politiques éducatives gouvernementales semblent abandonner les ambitions démocratiques d’une éducation commune. La suppression prévue de la carte scolaire, aussi insatisfaisante soit-elle, en est sans doute la meilleure illustration.
Il va sans dire que ce phénomène est du point de vue de notre recherche et des enjeux absolument décisif. Non seulement parce qu’il est inscrit dans l’actualité politique avec la suppression rapide et complète de la carte scolaire mais aussi parce qu’il produit déjà des changements majeurs dans le système éducatif, qui créent des conditions nouvelles pour l’action syndicale.
La séance a permis la présentation de deux types de recherches, l’une plutôt quantitative a été exposée par Choukri Ben Ayed, maître de conférences à l’Université de Saint-Étienne et l’autre, plus qualitative, a été présentée par Yves Careil, maître de conférences à l’IUFM de Bretagne.
La séance a fait le point sur l’état des recherches en matière d’estimation du degré d’éclatement du système éducatif. Proposant une série d’indications, d’ailleurs convergentes en dépit des méthodologies différentes, les invités ont interrogé les dynamiques à l’oeuvre et leurs conséquences possibles en matière d’inégalités scolaires. Leur présentation a permis de poser le problème des concepts les plus pertinents pour penser les phénomènes en cours (ségrégation, “entre soi”, apartheid, etc.) et pour réfléchir aux réponses à apporter pour les contrer (politiques de mixité sociale, discrimination positive, etc.).